Ce 29 juillet, j’avais donc rendez-vous avec le Mont Fuji pour tenter de nouveau son ascension et ainsi prendre ma revanche… L’an dernier, j’avais du m’arrêter au refuge de Hakuunso (白雲荘) à environ 3200 mètres (sur 3776m) à cause d’un vent trop fort interdisant l’accès à son sommet.

     J’étais également tombé malade, avec un gros mal de crâne qui me poursuivais depuis quelques centaines de mètres, et des nausées apparues une fois au refuge. Mais j’étais motivé et j’aurai serré les dents pour continuer si cela avait été possible.

    Bref, cette année, je me suis mieux préparé, j’ai fait un peu de sport pour perdre quelques kilos pris depuis la dernière fois (+5 kilos) , ce que j’ai à peu près réussi (-3 kilos en 2 semaines). J’ai également acheté deux sticks de randonnées pour m’aider aussi bien lors de l’ascension que de la descente. Je me suis ménagé 3-4 jours auparavant pour bien permettre à mes muscles de récupérer des efforts précédents.

    Lever à 6h du matin, derniers préparatifs et direction la gare pour arriver à Kyoto à 8h30 afin de rejoindre mon groupe, à savoir mon école de japonais, et monter dans le car qui nous mènera au Mont Fuji en 7 heures et demi (pauses incluses). Au bout de quelques heures, je sent que mes muscles se tendent un peu, ce qui n’est pas fait pour me rassurer avant d’entamer une longue ascension qui les mobiliseront durant des heures… A l’approche du Mont Fuji, et à la dernière pause, il aurait normalement été possible de l’apercevoir, mais c’était sans compter sur le fait qu’il se cachait dans les nuages, comme toujours…

Le Mont Fuji fait cache-cache derrière les nuages…
 Arrivée à la 5ème station (Fuji Subaru Line, 2305m) à 16h30, c’est littéralement la tête dans les nuages que nous débarquons du car. Il faut se changer rapidement car il ne peut rester que 15 minutes devant le bâtiment principal. Ceci étant fait, direction le réfectoire pour se rassasier avant le départ, ou du moins essayer. C’était le même plateau-repas que l’an dernier, toujours aussi mauvais de mon avis personnel. Je n’en aurai même pas pu avaler la moitié… L’heure ne s’y prêtait pas vraiment non plus, je n’avais pas du tout faim. C’est donc le ventre à moitié vide que je m’apprête à entamer l’ascension de la montagne sacrée.
 A noter que l’an dernier, le Mont Fuji a été enregistré au patrimoine mondial de l’Unesco, et de ce fait, j’avais lu qu’il fallait désormais s’acquitter d’un droit d’entrée de 1000yens, alors qu’il n’en était pas question auparavant, c’était gratuit. Du moins, c’est ce que je pensais ! En réalité, il n’est nullement obligatoire de payer cette somme. Il s’agit juste d’aider à la préservation du site, et cela permet également de recevoir un badge justifiant de ce soutien. Reste à savoir à quoi servira concrètement cet argent, car je pense que le site était déjà bien rentable avant son entrée dans le cercle fermé du patrimoine de l’Unesco…

Bref, vers 17h20, c’est le départ, il fait encore jour mais plus pour longtemps… Dès les premières montées, je commence à me dire que ce sera plus dur que prévu. Non pas à cause de ces dernières concrètement, mais parce que je sent mes jambes assez fatiguées (cf le car). Mais plus le choix, il va falloir faire avec ! Il faut savoir que le sentier Yoshida (le plus emprunté) commence par une portion de 1-1,5km de montées et de descentes jusqu’à la 6ème station à… 2390 mètres. Autrement dit, c’est une heure de marche qui ne fait presque pas gagner d’altitude (+85 mètres par rapport à la 5ème station) mais qui pourtant fatigue un peu… Une sorte de mise en bouche en quelque sorte ! La suite sera bien plus contraignante… !

     Au fur et à mesure que le soleil se couche, nombreux sont ceux qui s’arrêtent quelques instants pour immortaliser le paysage qui se gorge de couleurs, en même temps que les nuages semblent peu à peu disparaître. Évidemment, je fais parti de ceux là ! J’ai tout de même veillé à ne pas mettre en retard mon groupe.
     Les choses sérieuses commencent enfin après la 6ème station où il n’y a plus que des montées, assez raides qui plus est ! La nuit tombe, et viens l’heure de s’équiper de nos lampes frontales environ 2 heures après le départ. A ce moment là, je range logiquement mon appareil photo que je ne ressortirai que durant les pauses. Le terrain étant plus difficile et la visibilité réduite, on va éviter de lui faire prendre des risques pour rien !

    C’est alors que je commence à sentir qu’un mal de tête me gagne progressivement, comme l’an passé… Forcément c’est ennuyant, mais je décide d’anticiper et d’utiliser ma bombe à oxygène petit à petit, à chaque arrêt. Une fois l’effort stoppé, tout va bien, mais une fois remis en route, malheureusement la migraine revient de plus belle… Je comprend alors qu’elle ne partira pas comme ça, et je me dis que, peut-être, l’arrêt au refuge où nous sommes censés dormir me permettra de me reposer et m’en débarrasser…

    La fatigue commence à se faire sentir, nous avons passés le cap des 3000 mètres maintenant, mais le chemin est encore long. Je commence à serrer les dents pour continuer malgré le mal de tête persistant, les forces qui diminuent progressivement et les douleurs aux jambes qui commencent à apparaitre… Je suis pas dans le meilleur état, c’est le moins que l’on puisse dire…

    Vient enfin le moment où nous arrivons au refuge Hakuunso et du repos bien mérité. Je m’empresse de défaire mes chaussures, de me saisir du bento prévu dans notre excursion, puis de m’installer dans le lit pour essayer de m’endormir au plus vite afin de récupérer, avec l’espoir que mon mal de tête s’en ira. Un dernier shoot d’oxygène et je ferme les yeux.

    Mais le plan ne se passa pas comme prévu… Impossible de dormir entre la migraine et le bruit ambiant (des autres grimpeurs comme des ronfleurs)… J’ai toujours mal au crâne et ce que je craignais arriva, les nausées pointèrent le bout de leur nez… Je vide alors ce qu’il reste d’oxygène dans ma bombe… mais rien y fait, ma condition s’aggrave plus qu’autre chose. Comme trouver le sommeil semble désormais irréalisable, je me lève pour retourner à l’entrée du refuge, là où l’air frais me fera du bien.

    C’est un peu la solution de la dernière chance, car je ne vois pas ce que je peux faire d’autre. Le problème, c’est que tout ira en s’empirant en continuant, allant jusqu’à devenir très dangereux d’après notre guide. Être déjà malade à ce niveau, c’est prendre de réels risques par la suite (malaise ou pire), avec évacuation très coûteuse au bout. Il en va de ma santé, et même si l’envie est là, je ne peux pas faire n’importe quoi.

    Mais très vite, je comprend que je ne guérirai pas, et que je ne pourrai pas continuer ainsi. Je décide alors à contre-coeur d’arrêter là. Il semble aujourd’hui évident que j’ai le mal de l’altitude puisqu’il m’est arrivé exactement la même chose, au même endroit que l’année dernière… C’est donc quelque chose sur lequel je n’ai pas de contrôle et qui m’empêche d’atteindre mon but. Il faudra m’entrainer la dessus avant d’envisager revenir au Mont Fuji une 3ème fois.

    J’informe mes professeurs et l’un des guides que je ne peux pas poursuivre l’ascension, tout comme 5-6 autres de mes camarades, épuisés. C’est d’autant plus rageant car je ne suis pas contraint à l’abandon à cause d’un manque de force, mais bien à cause de quelque chose que je ne maitrise pas. J’aurai pu aller plus loin sans ce paramètre, c’est une évidence. Mon groupe quitte le refuge, et j’essaie alors de dormir à l’entrée (et non pas dans mon lit) car il y fait plus frais et que cela me fait du bien. Au chaud, les nausées reviennent 10 fois plus vite !

    Et contrairement à l’année précédente où j’avais passé 2 heures au sol en T-shirt et pieds nus, on m’a vite fait comprendre que je ne pouvais pas dormir ici, qu’il fallait que je retourne au lit pour cela. Ça m’a ennuyé sur le moment puisque je cherchais l’air frais, mais après réflexion, il faut bien voir que pour dormir dans un refuge, il faut réserver et payer un couchage. Sinon tout le monde dormira au chaud, sur le sol certes, sans rien payer, et ce serait vite ingérable. Bref, je me couvre parce qu’il doit faire moins de 10°C maintenant, et sort m’aérer un peu. J’ai de toute façon tiré une croix sur le fait de de rencontrer Morphée….

    Ça me fait du bien, mais c’est pas la folie non plus. Il me faudra bien 2 heures dehors pour retrouver une condition presque normale, ce qui me conforte dans ma décision d’avoir arrêté. Chaque pas de plus vers le sommet était un coup de pieu dans le crâne, la douleur n’était pas vraiment continue durant l’effort mais liée à chaque mouvement. Il est maintenant presque 2h du matin, et m’étant bien habitué au froid, je décide de rassembler mes quelques affaires restées à l’intérieur et d’installer mon trépied pour prendre quelques photos de nuit. La vue est superbe entre les lumières des villes de Fujiyoshida et d’Oshino (Préfecture de Shizuoka) et le ciel étoilé.

En altitude, la pollution lumineuse est faible et permet de prendre les étoiles en photo à l’aide d’un trépied bien sûr et de poses longues. On pouvait même apercevoir la Voie Lactée. Il y avait malgré cela un peu de lumière parasite due au refuge juste derrière moi.

 3h00, j’ai fini de shooter ce que je voulais et il ne me reste plus qu’à m’installer pour assister au lever du soleil. J’en profite aussi pour immortaliser les grimpeurs qui prennent une pause à ce refuge, mais qui n’auront jamais le temps d’atteindre le sommet avant l’aurore. Dans mon malheur, j’ai au moins pu prendre tout mon temps pour prendre des photos que je n’aurai jamais pu prendre en continuant, c’est au moins ça !

Il est maintenant 4h30 du matin, l’horizon commence à s’éclaircir depuis quelques minutes et l’on peut apercevoir le ciel qui se charge de couleurs petit à petit. Puis enfin, vers 4h45 le soleil se montre, d’abord timidement, bien rouge derrière la fine couche nuageuse présente ce matin là, puis éblouissant une fois dégagé de tout obstacle.

Au final ce n’était pas si mal où j’étais. La vue était, à peu de choses près (le versant de la montagne à droite), la même qu’au sommet. C’était tranquille et j’étais bien placé, ce qui n’aurait probablement pas été le cas en haut. En plus j’ai appris après que mon groupe n’y est resté que 5 minutes !! Ce qui, disons le franchement, m’aurait vraiment fait chié ! Tant d’efforts pour 5 minutes ?! Quitte à aller au sommet, je veux en profiter, faire un max de photos, du temple, du paysage, du cratère, voire en faire un tour pourquoi pas. Non pour le coup, ça me fait dire que j’étais bien où j’étais. Si j’y retourne, ça sera par moi-même et en prenant mon temps. C’est le problème des voyages organisés, tout est réglé à la minute, d’autant plus que le car partait à 10h du matin pétantes.

Bref, il fait jour, il fait beau, le ciel est dégagé (j’aurai préféré un peu plus de nuages quand même pour les photos), et il est temps de prendre le chemin du retour. Armés de mes bâtons de marche, la descente se fera en 4ème vitesse pour ma part, ayant hâte de rentrer tout simplement, mais aussi pour en finir avec mon mal de tête. Le sentier de retour n’est qu’une interminable suite de lacets des plus ennuyeuse sur la roche volcanique rougeâtre du Mont Fuji.

De retour à la 5ème station, vu que j’ai pas mal d’avance sur un peu tout le monde du coup, j’ai le temps de (re)faire quelques photos des environs, comme du temple qui s’y trouve notamment.

Pour finir, passage (presque) obligé dans les boutiques pour acheter des omiyage (cadeaux de toute sorte à ramener à ses amis/proches/collègues lorsque l’on part en voyage). C’est une véritable institution au Japon.

Enfin le car arrive, il est temps de partir, direction un onsen en bas du Mont Fuji, pour se décrasser et se relaxer. L’onsen est grandement recommandé après l’effort pour éviter les courbatures notamment. Et ça marche puisque je n’en ai pas eu ! S’en suivra un buffet à volonté avec un petit peu de tout, sushis, tempuras, spaghettis, salade, gratin, curry, etc… et des desserts avec notamment une fontaine à chocolat et de la gelée de raisin !

Le retour à Kyoto se fera vers 19h00, mais quant à moi, il m’aura fallu attendre 20h00 puisque j’étais le seul à aller jusqu’à Osaka ! Voilà, je crois que tout est dit ou presque, n’hésitez pas à laisser un petit commentaire et à partager si vous avez apprécié (long) ce récit !!

 

Mata ne !

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